Dossier : le coût de la construction européenne
Le Cri du Contribuable n°58, du 1er novembre 2008 - C.C
Christophe Beaudouin, auteur de la monographie « Ce que nous coûte l’Europe », évoque le coût du déficit démocratique européen.
On peut être pour l’Europe et faire le détail de la facture :
jusqu’à 2013, la France aura versé chaque année à Bruxelles 19,3 milliards d’euros, puis récupéré 12,8 milliards. Lorsque l’État verse 100 euros à Bruxelles, les agriculteurs français touchent 50 euros d’aide s et 16 euros nous reviennent.
Les 34 euros restants subventionnent les régions pauvres de l’Europe de l’Est et du Sud, et le fonctionnement des institutions européennes. La France est ainsi devenue le deuxième contributeur net en volume, avec un solde net budgétaire en déficit de plus de 6,6 milliards d’euros par an.
Ce n’est pas l’Europe qui subventionne la France, mais la France qui subventionne l’Europe. D’un côté, on dira que c’est le prix de la solidarité des Français avec les régions espagnoles ou polonaises les plus pauvres.
De l’autre, on dira qu’avec ces 6,6 milliards d’euros, la France pourrait s’offrir chaque année 300 kilomètres de TGV ou 6 000 appareils d’IRM.
Le montant de cette contribution mériterait d’être tranché publiquement par la représentation nationale, or il ne fait l’objet d’aucun débat ni amendement au Parlement français.
Ces 19 milliards d’ euros sont même ignorés du chapitre “dépenses” de la loi de finances.
S’y ajoutent d’autres dépenses “européennes” telles que notre contribution au fonds européen de développement (738,3 millions), les refus d’apurement et amendes communautaires infligés à la France (837 millions en 2008), ou les corps militaires européens permanents (11 millions)…
En outre, l’État devient une véritable administration déconcentrée de l’Union européenne Bruxelles n’ayant pas de percepteur, c’est l’État qui sert de percepteur des ressources européennes et de redistributeur des fonds communautaires.
Surtout, il est transpositeur en droit national et exécuteur des quelque 175 000 pages de directives et règlements européens : 82 % de nos lois nouvelles sont conçues à Bruxelles sans droit d’opposition des parlements nationaux.
L’ensemble de ces tâches administratives représentent un coût de 10 à 15 milliards par an pour l’État.
Ajoutons-y la charge administrative induite par cette législation européenne pour les entreprises françaises (37 milliards par an), portant la facture annuelle totale entre 50 et 65 milliards !
À cela s’ajoutent les coûts diffus des politiques communautaires en France. Le « sans frontiérisme » économique représenterait, selon l’économiste Jacques Sapir, entre 32 et 50 milliards annuels.
Le « sans-frontiérisme » démographique représenterait un coût annuel de 37 milliards selon Jean-Paul Gourévitch.
Sans compter l’uniformisation tous azimuts et donc l’absence de flexibilité, dont la gestion monétaire est un parfait exemple : l’euro nous aurait coûté 2 000 à 400 000 chômeurs supplémentaires, selon les études les plus prudentes, soit 5 à 12 milliards d’euros par an d’allocations chômage, perte de cotisations et de recettes fiscales.
Voilà qui mènerait la vertigineuse addition européenne autour de 100 à 140 milliards annuel s , soit 2000 euros par Français… bébés compris.
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DIX PROPOSITIONS DE RÉFORME
Au niveau européen
1. Inscrire dans le traité un plafond de dépenses du budget européen à 1 % maximum du PIB des États et refuser tout impôt européen.
2. Réformer les ressources européennes en supprimant la ressource TVA et en s’appuyant sur une contribution nationale annuelle simple.
3. Supprimer la moitié des fonds structurels (37 % du budget communautaire).
4. Consacrer l’autre moitié à l’aide aux pays de l’Est et au financement de grands travaux d’intérêt européen.
5. Rétablir la préférence communautaire entre les États qui le souhaitent.
6. Confier aux cours des comptes et Parlements nationaux un droit d’enquête et de critique sur l’exécution du budget, renforcer les effectifs et les compétences de la Cour des comptes européenne.
7. Sauvegarder une coopération privilégiée et libre de la France avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) en refusant la communautarisation du Fonds européen de développement.
Au niveau national
8. Sortir du tabou européen en publiant des rapports, en particulier sur l’impact économique des fonds structurels, des aides agricoles, de l’euro, les coûts administratifs, celui des élargissements…
9. Réviser la loi organique relative aux lois de finances pour supprimer le caractère indicatif du vote de la contribution annuelle à l’Union européenne et qu’il puisse faire l’objet d’amendements parlementaires. 10. Inscrire dans la Constitution :
§ un contrôle démocratique des projets législatifs européens.
§ la supériorité de la Constitution française sur toute autre norme.